Annick Girardin : "l'urgence en matière de préservation de la biodiversité, de développement durable et de transition écologique se trouve d'abord, à mon sens, dans les outre-mer"

17/12/2019

Discours d'Annick Girardin, ministre des Outre-mer, lors de la remise des Trophées écomaires et des Palmes de l'initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR), le mardi 17 décembre 2019, à l'Assemblée nationale

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,
(Madame la Secrétaire d'Etat),
Monsieur le Président du Conseil constitutionnel,
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Messieurs les Président et Vice-Président des Ecomaires,
Mesdames, messieurs les élus,
Mesdames, messieurs, cher amis,

Ma présence ce soir à ce concours a une signification particulière : elle vient marquer l'alliance entre le concours de la Palme de l'Initiative Française pour les REcifs COralliens (IFRECOR) et la remise des trophées des éco-maires, qui comme vous le savez sont répartis entre les trophées des éco-actions, où l'on peut trouver quelques lauréats ultramarins, et les trophées des Outre-mer durables, avec 4 prix exclusivement ultramarins.

Cet événement national est donc d'abord un événement ultramarin avant d'être un événement hexagonal. Et je m'en réjouis car l'urgence en matière de préservation de la biodiversité, de développement durable et de transition écologique se trouve d'abord, à mon sens, dans les outre-mer.

L'Archipel de France a une responsabilité particulière en matière de protection de la biodiversité :

  • C'est le second espace maritime au monde ;
  • La France des 3 océans conjugue milieu tropical, subtropical, subpolaire, insulaire ou forestier.
  • Notre pays est situé dans la quasi-totalité des points chauds de la biodiversité mondiale avec les outre-mer, lesquels concentrent 80% à 90% de la biodiversité nationale.

Vous connaissez la situation d'urgence à laquelle notre génération est confrontée :

  • Le rapport de mai 2019 de l'IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) rappelle que 10% des espèces (soit 1 million) sont menacées par le changement climatique
  • l'action de l'homme est le 1er facteur de déclin de la biodiversité terrestre et maritime avec l'utilisation des sols par agriculture et la pression de la pêche.

Il nous faut agir au-delà des effets d'annonce. Après le Congrès mondial de la nature à Marseille en juin 2020, où les Outre-mer seront fortement représentés, notre pays doit être tête de pont des négociations de la Convention de la biodiversité biologique (COP15) à Kunming en Chine en septembre 2020.

Pour agir de manière efficace, il faut à la fois :

  • fixer des engagements communs et universaux aux plus hauts sommets des Etats et du dialogue multilatéral ;
  • mais également s'assurer que tous les acteurs soient embarqués et que les actions se réalisent concrètement sur le terrain.

Pour cela, le rôle des élus locaux, à commencer par les maires, est central. Et c'est pourquoi ce gouvernement leur donne une responsabilité première dans l'application de notre stratégie nationale en faveur de la biodiversité. Je citerai quelques exemples :

  • Tout d'abord, mieux la connaitre : c'est l'objectif du déploiement des atlas de la biodiversité communale. Ce déploiement a fait l'objet d'un appel à projet spécifique pour les outre-mer cette année. Cette ambition de connaissance doit aller de pair avec une ambition pédagogique. Et c'est toute l'ambition du projet scolaire porté à Uvéa par le service territorial de l'environnement de Wallis-et-Futuna.
  • Ensuite, mieux accompagner les acteurs : le gouvernement a créé des dispositifs pour mieux accompagner les acteurs locaux, que ce soient pour les Contrats de transition écologique actuels ou pour les Territoires à énergie positive qui s'achèvent. Et c'est d'ailleurs un territoire à énergie positive, Sainte-Luce en Martinique, qui a été récompensé aujourd'hui avec le projet Waliwa (mérou).
  • 3eme axe de cette stratégie : l'intervention, pour mieux protéger, que ce soit :
  • en matière de police de l'environnement des maires, qui sera mieux accompagnée outre-mer grâce à la délégation spécifique ultramarine au sein du futur Office de la biodiversité ;
  • ou en matière de restauration. Et je salue à ce titre le projet concernant les berges de rivières de Mamoudzou à Mayotte avec l'association Mlezi Maore (groupe SOS).
  • Enfin, plus difficile, mieux sensibiliser et alerter. Dans le cadre des Assises des outre-mer, ce besoin précis a été remonté et la proposition d'un compteur de la biodiversité a été intégrée au Livre bleu. Ce compteur de la biodiversité sera présenté en avant-première en juin 2020 au Congrès mondial de la nature à Marseille, devant les élus ultramarins.

Ce compteur de la biodiversité a pour ambition d'être un outil concret pour favoriser la synergie de l'ensemble des acteurs de la biodiversité en outre-mer. Comment ?

  • avec un portail national qui sera décliné par bassin maritime et renverra à un site par territoire ;
  • à travers 3 ambitions qui correspondent aux 3 volets du futur compteur :
  • constituer un signal d'alerte avec le nombre d'espèces placées sur espèces rouge et plusieurs indicateurs mis à jour tous les 6 mois.
  • donner une visibilité forte et régulière à la biodiversité des outre-mer, notamment en vulgarisant nos connaissances sur les espèces emblématiques ou l'évolution historique de la biodiversité ;
  • mobiliser et sensibiliser aux actions et gestes du quotidien pour la préservation de la biodiversité en invitant le public aux évènements organisés par les associations, et en informant de manière pertinente les élèves dans les écoles et les touristes.

Au-delà des élus locaux et des acteurs associatifs, il s'agit également d'engager le secteur privé avec nous. Pourquoi ?

  • La biodiversité n'est pas qu'un coût. La France possède 10% des récifs coralliens du globe grâce aux outre-mer. La valeur économique de ces récifs est estimée à plus d'1 milliard d'euros.
  • Les acteurs privés sont essentiels pour valoriser économiquement la biodiversité mais également pour participer à la gestion de cette biodiversité : c'est un partenariat gagnant-gagnant que nous souhaitons établir.

Le moteur d'une coalition d'acteurs, c'est d'abord un objectif clairement défini, mais c'est surtout de disposer d'une vision d'ensemble.

Je félicite à ce titre les Ecomaires pour avoir intégré les objectifs de développement durables (ODD) dans le processus de sélection et d'évaluation pour le concours Outre-mer durable, dont les lauréats vont être prochainement dévoilés.

Cette vision d'ensemble, j'ai souhaité la préciser pour les outre-mer, pour rendre plus concrets les ODD pour nos territoires. Une stratégie qui puisse être facilement saisie par la société civile, les entreprises, les administrations et opérateurs de l'État,soit l'ensemble des acteurs du développement.

Pour guider l'action du Ministère jusqu'en 2030, nous avons défini la « trajectoire Outre-mer 5.0 » avec comme objectifs :

  • Zéro déchets, pour des sociétés économes, préservatrices des ressources et minimisant les facteurs de pollution.
  • Zéro carbone, en intégrant davantage d'énergies renouvelables dans leur mix énergétique.
  • Zéro polluant agricole, pour des populations protégées des substances chimiques dans leur quotidien.
  • Zéro exclusion, pour des sociétés inclusives et luttant contre toutes formes de discrimination et d'inégalité.
  • Enfin Zéro vulnérabilité, car je souhaite que nos outre-mer soient des territoires résilients face au changement climatique et aux risques naturels qui en découlent.

Et je ne doute pas, chers écoMaires, que vous saurez saisir cette Trajectoire pour les prochaines éditions des Outre-mer durables.

Je vous remercie.

Photo : DR