Trans Kabar donne une délicieuse sonorité rock électrique au maloya mystique de La Réunion

18/09/2020

Le quatuor francilien et réunionnais Trans Kabar apporte une touche originale au maloya en mêlant les rythmes mystiques de ce genre musical de l'île de La Réunion à des notes rock électrique dans une harmonie structurée autour de la voix et du kayamb. Ils sont en tournée dans l'hexagone depuis le 18 septembre 2020.

Révélé en 2019, le groupe Trans Kabar bouleverse délicieusement les inclinations puristes attachées au maloya. Par une subtile fusion de la musique originelle avec de douces sonorités rock, le quatuor apporte une fraîcheur nouvelle à la musique mystique des "servis kabaré*", devenue aujourd'hui un des deux genres musicaux de l'île de La Réunion avec le séga. Idée originale s'il en est ! Mais quel résultat envoûtant !

Au chant, Jean-Didier Hoareau, dit Jidé, manie magnifiquement la voix, le "fonnkèr" comme on dit dans le maloya. Le "fonnkèr" c'est cette énergie qui émane de la voix, emplit la gorge et provoque la transe. Jidé joue aussi du kayamb, un des instruments de base du maloya, sorte de percussion faite de tubes de bambou remplis de graines et assemblés en rectangle, héritée de l'époque des "habitations", ces plantations de canne à sucre. La tendre enfance de ce jeune chanteur réunionnais né dans l'hexagone a été bercée par les légendes, les contes et les "zistwar" réunionnaises racontées par un oncle régulièrement de passage. Un oncle qui n'est autre que Danyèl Waro lui-même ! L'icône du maloya réunionnais. Il faut croire que l'amour du maloya et le talent sont affaire de famille chez les Hoareau ! 

Le guitariste Stéphane Hoareau, quant à lui, n'a aucune parenté avec Danyèl Waro. C'est un natif de La Réunion qui connaît bien le maloya. Mais il a plutôt baigné dans les sons électriques des guitar heroes des années 70 comme Jimmy Hendrix ou Led Zeppelin. 

La rencontre de Jidé et Stéphane est une superbe nouvelle opportunité de transmission pour le maloya. Cette musique survivante en a bien besoin. Interdit d'"espace public" par les autorités dans les années 60, le maloya a perduré dans les "servis kabaré" et a survécu grâce à la tradition de transmission orale réunionnaise. Trans Kabar reprend à son tour le témoin de cette transmission. Quand Jidé qui possède parfaitement le répertoire de chant du maloya chante sur les arrangements de basses et de guitare composés par Stéphane, son "fonnkèr" donne une force nouvelle à la musique.

Si le mot "kabar" rappelle le "servis kabaré", selon eux le mot "trans" qui reflète la "transversalité" marque la richesse culturelle réunionnaise et l'ouverture bienveillante du groupe avec l'intégration de Théo Girard et Ianik Tallet, deux musiciens n'ayant aucun lien avec La Réunion. 

Composé à Montreuil, leur album Maligasé (Discobole, 2019) est un petit bijou à même de déclencher des transes aussi puissantes que du maloya pur. Compilation des plus grands classiques interprétées à la sauce rock électro de Trans Kabar, Maligasé donne une nouvelle jeunesse à la musique traditionnelle réunionnaise. En attendant les futures compositions originales du groupe !

En plus de Danyèl Waro et des groupes comme Gren Semé, LiNDiGo, le maloya s'exporte de plus en plus pour le bonheur des Réunionnais expatriés. Un public averti et toujours au rendez-vous.


En septembre, après le Théâtre de Saint Quentin en Yvelines le 18 septembre, le groupe se produit ce samedi 19 septembre au festival Jazz sous les pommiers, le 25 septembre au Carré d'Argent de Pont Château (44) et le 27 septembre au Théâtre Municipal Berthelot-Jean Guerrin de Montreuil (93).

* Cérémonies d'hommage aux ancêtres pratiquées à l'origine par les esclaves.

Illustrations : © Facebook Trans Kabar