Sarah Maldoror mise à l'honneur au Palais de Tokyo

26/11/2021

Publié le 26/11/2021

À l'occasion de sa réouverture, le Palais de Tokyo, musée d'art contemporain de Paris, met à l'honneur la réalisatrice Sarah Maldoror en projetant "Sambizanga", un film monument de l'histoire de la colonisation. Inaccessible depuis plusieurs décennies, ce film est diffusé pour la première fois en France depuis sa restauration. Photo © Karim Amar

Dans le cadre de la saison "Six continents, ou plus", le Palais de Tokyo propose l'exposition "Sarah Maldoror : cinéma tricontinental". Il s'agit d'un cycle de cinéma, complété d'une performance musicale et de poésie. Ce cycle d'évènements s'ouvre le samedi 27 novembre à 16h avec la projection du film "Sambizanga" de la réalisatrice française Sarah Maldoror, suivie d'une conversation avec ses filles Annouchka de Andrade et Henda Ducados. Une seconde projection est programmée le mercredi 12 janvier 2022.


Sambizanga (1972, 102 mn)

Angola 1961. Domingos Xavier est emmené par les autorités coloniales, emprisonné et torturé. Sa femme Maria se met à sa recherche. Ce film dénonce l'oppression coloniale et a permis l'émergence d'une parole résistante, aux origines du mouvement du mouvement pour la Libération de l'Angola (MPLA ). Inaccessible pendant de longues décennies, Sambizanga a été restauré en 2021 par The Film Foundation's World Cinema Project et la Cineteca di Bologna à l'Image Retrouvée en association avec les Éditions René Chateau et la famille de Sarah Maldoror et financé par la Hobson/Lucas Family Foundation. Cette restauration fait partie de l'African Film Heritage Project, créé à l'initiative de The Film Foundation's World Cinema Project, the Pan African Federation of Filmmakers et l'UNESCO.


S'inspirant du livre de Luandro Vieira, La vraie vie de Domingos Xavier, dans Sambizanga Sarah Maldoror raconte pratiquement le vécu de personnes qui ont contribué à la production du film. notamment celui de son époux qui participe à l'écriture du scénario. Ce dernier n'est autre que Mário Pinto de Andrade, l'un des principaux chefs du MPLA. Le film est distingué à plusieurs reprises. D'abord, en 1972, Sambizanga remporte le Tanit d'or aux Journées cinématographiques de Carthage, ex aequo avec le film Al-makhdu'un. Puis présenté au Festival international du film de Berlin de 1973, dans le cadre du Forum du nouveau cinéma, le film remporte le prix "Interfilm - recommandation" et le prix "OCIC - recommandation".

Sarah Maldoro
Sarah Maldoro

Sarah Maldoror, figure de proue du cinéma africain et du cinéma antillais

Née dans le Gers en 1929 d'un père Guadeloupéen de Marie-Galante et d'une mère Gersoise, la réalisatrice française Sarah Maldoror est  connue pour sa touche poétique et son cinéma politique et engagé. En 1958, elle est de l'aventure de la création de la première troupe de théâtre noire à Paris, "La compagnie des Griots", au côté de Robert Liensol, Toto Bissainthe, Timoti Bassori,  Samb Abambacar, et Darling Légitimus. Une troupe qui partage et met en scène les textes d'auteurs noirs, et offre de grands rôles aux comédiens noirs. C'est lors de son séjour à Moscou où elle étudie le cinéma au VGIK que Sarah Maldoror rencontre le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène.

Devenue la compagne du poète et homme politique angolais Mário Pinto de Andrade, elle s'engage avec lui dans la lutte pour la libération africaine. Ensemble ils ont deux filles, Annouchka de Andrade et Henda Ducados. Mario de Andrade est le fondateur et le premier président du MPLA. Alors qu'il est secrétaire d'Alioune Diop, le fondateur de Présence africaine, il organise le premier congrès des écrivains et artistes noirs à Paris (Sorbonne, 1958) et devient un ami proche des poètes et écrivains Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Frantz Fanon et Richard Wright. Il collabore à plusieurs scénarios de Sarah Maldoror dont Monangambee et Sambizanga. Sarah Maldoror comtpe plus de quarante courts et longs-métrages de fiction et des documentaires à son actif. Elle a notamment consacré cinq films à Aimé Césaire, mais elle a aussi réalisé des films sur René Depestre, Louis Aragon, mais aussi sur les peintres Ana Mercedes Hoyos, Joan Miró et Vlady. Décédée du coronavirus le 13 avril 2020 à l'âge de 90 ans à Fontenay-lès-Briis, dans l'Essonne, Sarah Marldoro a emmené avec elle une part de la mémoire du cinéma français.

Annouchka De Andrade et Henda Ducados, les filles de Sarah Maldoror

Annouchka de Andrade est directrice du festival international du Film d'Amiens. Avec plus de 30 ans d'expérience dans la coopération culturelle internationale, Annouchka de Andrade a travaillé avec un fort focus pour la création cinématographique notamment dans les pays andins. Au cours de ces dix dernières années elle a collaboré étroitement avec sa mère Sarah Maldoror. À présent aux côtés de sa sœur Henda Ducados, elles développent des projets pour valoriser, préserver et sauvegarder l'œuvre de leurs parents, Sarah Maldoror et Mario de Andrade, un couple dont l'engagement artistique et politique a marqué le XXe siècle.

Entrée sur présentation d'un billet exposition dans la limite des places disponibles - Billetterie