Étudier dans l’Hexagone contrainte ou opportunité pour les étudiants ultramarins ?

15/05/2019

Des milliers d'étudiants ultramarins quittent l'Outremer pour suivre des études supérieures dans l'Hexagone à chaque rentrée.

De manière générale, devenir étudiant est un moment important de la vie des élèves. Mais quand en plus, il faut quitter sa famille, abandonner ses repères, les difficultés se multiplient pour les jeunes ultramarins souvent obligés de choisir la mobilité pour continuer leurs études.

La mobilité quasi seul choix

L'insuffisance de formations proposées dans les territoires ultramarins entraîne une mobilité quasi systématique pour les jeunes bacheliers d'Outremer. En effet, pour exemple, alors qu'il existe seulement 35 masters à La Réunion, 28 en Guadeloupe, 9 en Guyane, 9 en Polynésie française, 8 en Nouvelle-Calédonie, et aucun à Mayotte, l'Île-de-France en propose 827, les Hauts-de-France 285 et la Normandie 148. Même en commençant leurs études en Outremer, il leur est impossible de les terminer dans une université locale. La mobilité s'imposant quoi qu'il arrive, beaucoup de jeunes font le difficile choix de quitter leur territoire dès qu'ils décrochent leur Bac.

Quand on sait que le soutien des proches compte pour beaucoup dans la réussite des études, l'éloignement est une difficulté importante auquel sont confrontés les étudiants ultramarins. Même si les prix des billets d'avion baissent, ceux pour l'Outremer restant élevés, cela ne permet pas à tous les étudiants ultramarins de rentrer dans leurs familles au cours de l'année ni à leurs familles de leur rendre visite.

Le "passeport mobilité études"

Pour pallier cette difficulté, l'agence des Outre-mer pour la mobilité (LADOM) accorde un "passeport mobilité études" pour les départements d'Outremer, Saint-Barthélémy et Saint-Martin. Ce dispositif prévoit d'accorder chaque année un billet d'avion aller-retour financé à 100 % pour les boursiers, à 50 % pour les non-boursiers, aux étudiants ultramarins titulaires du Bac, sous conditions de ressources des parents, et à condition que la formation n'existe pas dans le territoire ou qu'elle soit saturée. Mais cette aide, non cumulable d'année en année, est souvent perdue pour les étudiants dont les études prévoient des stages, ou ceux obligés de travailler en marge de leur études pour rester à flot financièrement toute l'année quand les parents ne peuvent pas les financer.

Chaque année, des chambres en cité universitaire sont réservées aux étudiants ultramarins. Mais devant l'insuffisance de l'offre, c'est le royaume de la débrouille pour ces jeunes qui font également face à des refus de caution parentale illégaux de la part des propriétaires prétextant que les parents ne vivent pas dans l'Hexagone. Se retrouver sans logement après avoir parcouru des milliers de kilomètres pour poursuivre leurs études est non seulement un choc à différents niveaux, mais aussi un véritable obstacle à la réussite de ces jeunes.

Solidarité et entraide

Face à de nouveaux codes sociétaux, qu'ils soient issus de différents territoires importe moins que de se serrer les coudes en tant qu'Ultramarin qui vivent les mêmes difficultés. La solidarité leur permet de garder leur confiance en eux, même quand ils sont assimilés à des étudiants étrangers alors qu'ils sont français. Leurs expériences ont donné naissance à un tissu d'associations d'étudiants de l'Outremer qui accompagnent les nouveaux arrivants. L'une d'entre elles, l'Union des étudiants réunionnais de l'Hexagone (UERH), s'est implantée à Paris, Rennes, Toulouse. Ces associations s'attachent également à promouvoir l'Outremer d'abord pour contrer l'assimilation des étudiants ultramarins à des étudiants étrangers mais également poiur transmettre le plus d'informations possibles aux jeunes ultramarins projetant de venir faire leurs études dans l'Hexagone. Et ce afin qu'ils se préparent au mieux et pour atténuer leurs difficultés à leur arrivée. Très active, l'Union des étudiants réunionnais de l'Hexagone organise des conférences, des débats pour transmettre les connaissances et des after-work pour favoriser les échanges entre les jeunes réunionnais dans l'Hexagone.

Quel choix en fin d'études ?

Devoir rejoindre l'Hexagone pour faire ses études est vécu comme une contrainte par ces jeunes. Mais c'est aussi l'opportunité de fréquenter des universités prestigieuses dans des grandes villes où l'activité culturelle est dense, et où l'accès aux espaces culturels est relativement large. Plongés dans cette vie estudiantine pleine de difficultés les oblige à mûrir bien plus vite loin de leurs proches qu'en restant en Outremer. Mais c'est en vivant dans l'Hexagone qu'ils prennent mieux conscience des problématiques ultramarines. Regagner l'Outremer à la fin de leurs études c'est aussi faire face à un taux de chômage très élevé pour la jeunesse dans les territoires. Ce qui explique la fuite des cerveaux en Outremer. Mais rester permet aussi de travailler à des solutions aux problèmes locaux, comme le projet Energassum, monté par les étudiants de Skema Business School, en recherche de financement.

Cette expérience de vie dans l'Hexagone résulte au final en une envie profonde d'aider à résoudre les problèmes de l'Outremer depuis l'Hexagone. Mais elle n'éclipse pourtant pas l'idée de rentrer pour aider au développement de l'Outremer après avoir acquis une expérience professionnelle suffisante.