France Antilles, c'est fini    La Guadeloupe, la Martinique et la Guyane sont privées de quotidien régional

01/02/2020

France-Antilles, l'unique quotidien de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane a été placé en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Fort-de-France ce jeudi. Cette liquidation est assortie d'une cessation immédiate d'activité. Depuis, les derniers numéros ont été publiés par des journalistes désemparés. Et ce samedi paraissait le tout dernier numéro.

Le 1er février 2020 fait désormais date dans l'histoire de la presse aux Antilles françaises. C'est en effet aujourd'hui que France Antilles, le seul quotidien de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane publiait son dernier numéro. "1965-2020 : C'est fini !" titrait l'édition guadeloupéenne ce matin. "Merci" titrait l'édition martiniquaise. En raison d'un manque de papier et d'une panne technique, la Guyane n'a même pas pu imprimer son dernier numéro. Les salariés des trois journaux ont tout de même pu faire part de leur pessimisme à la Une du journal de jeudi : "Chers lecteurs, vous avez peut-être entre vos mains la dernière édition de votre journal France-Antilles, créé en 1965".

Avec la mise en liquidation judiciaire jeudi matin du groupe France-Antilles, en redressement judiciaire pour cessation de paiement depuis le 25 juin 2019, les radios Trace et NRJ, appartenant au même groupe, disparaissent également. Les 235 salariés soucieux des trois éditions se retrouvent sans emploi. C'est aussi un drame pour les Antilles françaises qui sont maintenant les seules régions de France sans quotidien régional. L'ancienne filiale du groupe Hersant avait créé France-Antilles en mars 1964, à l'occasion de la visite officielle du président Charles de Gaulle en Martinique. Un pan d'histoire qui disparaît !

Les dernières éditions, imprimées à 55 000 exemplaires en Guadeloupe et à 40.000 en Martinique, seront en vente jusqu'à mercredi, jour de fermeture du journal. Jour fatidique pour les salariés. Des salariés inquiets pour leur avenir. On le serait à moins. Cette fermeture fait figue de désastre social dans ces régions où le taux de chômage culmine. En 2018, l'Insee recensait 23% de chômeurs en Guadeloupe, 18 % en Martinique, 22% en Guyane [Juin 2019]). Mais surtout, ils vont devoir se reconvertir puisqu'il n'existe plus de presse quotidienne locale.

Le tribunal de commerce avait donné jusqu'à mercredi soir à l'actionnaire pour fournir les derniers éléments du bouclage financier de l'offre de reprise qu'il a présentée le 14 janvier dernier. Mais AJR Participations n'a pas réussi à boucler son plan de financement. Il manquait encore 1,3 million d'euros. Malgré l'aide exceptionnelle de trois millions d'euros accordée par l'Etat, ajoutée aux trois millions d'euros provenant d'investisseurs, le tour de table était insuffisant pour le tribunal.

Franck Riester, ministre de la Culture et Annick Girardin, ministre des Outremer, ont déclaré dans un communiqué qu'ils prenaient "acte de cette décision et regrettent que la mobilisation d'investisseurs privés, aux côtés d'un soutien exceptionnel de l’État, n'ait pas été suffisante pour permettre un projet de reprise."

Ils précisent que "Depuis le placement en redressement judiciaire du groupe, à la suite d'une cessation de paiement, le 25 juin 2019, l’État a multiplié les initiatives afin de permettre à France-Antilles de construire et de financer un plan de redressement. L'existence d'une presse pluraliste et diversifiée sur tout le territoire national est une exigence démocratique et le Gouvernement continuera à se mobiliser avec force en ce sens."

Ils ajoutent qu'ils "suivront avec la plus grande attention les conséquences sociales de cette liquidation judiciaire et l'accompagnement qui sera apporté aux 250 salariés du groupe France-Antilles. Ils réaffirment leur mobilisation pour qu'existe une presse locale aux Antilles et en Guyane et plus généralement accompagner toutes les initiatives qui pourront contribuer à faire vivre le pluralisme de la presse et de l'information dans les territoires ultramarins."

Pour l'heure, c'est la mort dans l'âme que les salariés vont devoir vider leurs bureaux. "On ne réalise pas encore qu'après-demain il n'y aura pas de journal." confiait Rodolphe Lamy, journaliste et représentant des salariés à l'issue de la dernière conférence de rédaction. Ce sera très difficile pour les salariés de France Antilles de tourner cette lourde page.

Images : France Antilles