Goyave : le cinéma martiniquais reconnu à Cannes

18/06/2019

Sélectionné au Festival de Cannes 2019 dans le cadre de la 4e édition de la Semaine du cinéma positif, qui met à l'honneur des œuvres engagées, le court-métrage martiniquais Goyage produit par Chelsea Films pourrait être adapté pour la télévision.

Grégory Beauville (Mehdi Giguet, à la ville), 40 ans, vit seul avec son père depuis la mort de sa mère. Grégory est un béké sans fortune, un "goyave" comme on dit en Martinique. Un descendant de colons qui a du mal à trouver sa place. Insatisfait de sa situation, la relation de Grégory avec son père est compliquée. Leurs rapports se corsent lorsqu'il s'aperçoit que son père entretient une relation tarifée avec une femme. Dans le même temps, une grève générale se déclare dans l'île, ce jeudi de février 2009.

Le film raconte une histoire d'amour, dépeignant les rapports difficiles entre le père et le fils avec en toile de fond les manifestations contre la vie chère d'il y a dix ans en Martinique. Le contexte d'agitation sociale exacerbe les émotions, pimentant les histoires personnelles.

Au départ, l'idée de Philippe Nijean était d'adapter à l'écran une nouvelle de Guy de Maupassant qui raconte l'histoire d'un père et de son fils qui deviennent rivaux après l'entrée d'une femme dans leur vie.

Les problématiques locales en toile de fond

Goyave est un film entièrement en créole, ce qui lui confère cette authenticité que les réalisateurs ont voulu y voir. C'est une histoire d'amour greffée sur un fond de problématiques propres à la société locale. Celle de la relation intercommunautaire illustrée par un béké (blanc créole) qui tombe amoureux d'un afro-antillaise, et celle du bouleversement émotionnel d'un nouvel amour. Quant aux manifestations, elles créent une atmosphère de tension, et permettent de porter à l'écran la réalité du poids de la vie chère supportée par la société locale.

Cette reconnaissance offre au cinéma martiniquais la possibilité de mettre à la portée du grand public un scénario qui raconte la vie quotidienne. Une histoire qui pourrait être celle de tout le monde. Elle pourrait être un tremplin pour la carrière de Christophe Agelan et Nènèb Bapé,  producteur et co-réalisateurs, peut-être vers la création d'un long-métrage.

La talentueuse actrice martiniquaise Ingrid Jean-Baptiste (Carmen, dans le film), présente à Cannes pour soutenir le film, incarne avec finesse le rôle de la jeune servante qui fait la convoitise du père. Pour elle, le film évoque des sujets tabous aux Antilles et pourrait contribuer à améliorer la situation locale. Jouer dans des films qui délivrent des messages de tolérance, c'est ce qui plaît à la jeune actrice. A l'instar du Chelsea Film Festival, créé avec sa mère Sonia, qui assure la promotion des films de jeunes réalisateurs. Un festival qui se déroule chaque année aux Etats-Unis, distingué parmi les meilleurs d'Amérique du Nord par le quotidien américain USA Today.

A Cannes, Ingrid Jean-Baptiste soutient aussi le film Instinct Animal le long-métrage de Julie Glenn dans lequel elle donne la réplique à Pascal Légitimus, et qui retrace l'histoire d'une famille de gitans qui se bat pour préserver ses animaux.


Adaptation à la télévision

A la suite du chaleureux accueil reçu du public du marché cannois international du film, Goyave fait l'objet de négociations pour l'achat des droits avec France Télévisions. Un début qui promet un bel avenir à ce court-métrage et à ses réalisateurs.

Encouragements à la production

Des dispositifs de financement et des avantages fiscaux sont prévus pour encourager la production. Pour exemple, en complément du Fonds territorial d'aide, le CNC outre-mer accorde, sur sélection, une aide financière aux projets d'intérêt culturel pour la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion et Saint-Pierre-et-Miquelon. S'y ajoutent de nombreuses mesures fiscales. Pour exemple, pour la production audiovisuelle, considérée comme un secteur prioritaire, la Loi de Développement Economique des Outre-Mer (LODEOM) prévoit la possibilité pour une production d'être exonérée d'une partie des cotisations patronales.