La mutinerie du HMS Bounty

28/04/2019

C'était il y a 230 ans, le 28 avril 1789. Une mutinerie éclate à bord du HMS Bounty.  Cette tragique affaire va changer l'histoire de la Polynésie. Et elle illustre la façon dont l'empire britannique règne sur les mers (« Britannia, rule the waves... »).

Deux ans auparavant, en décembre 1787, le HMS Bounty appareille vers Tahiti, dans le Pacifique, avant de rallier les Antilles, avec quarante-quatre hommes d'équipage à son bord. En fait, ce navire s'appelait la Bethya, un charbonnier à trois mâts, rénové et rebaptisé Bounty (en français Générosité). Sa mission, ramener du Pacifique des plants d'arbres à pain destinés à être cultivés en Jamaïque pour nourrir à pas cher les esclaves des plantations.

Les mutins du Bounty, tableau de Robert Dodd
Les mutins du Bounty, tableau de Robert Dodd

Avec plusieurs explorations transatlantiques à son palmarès dont une au côté du renommé James Cook, William Bligh, lieutenant de 33 ans, est choisi comme capitaine pour mener à bien cette mission. A l'époque, il était d'usage de recruter l'équipage parmi les repris de justice ou ou en enrôlant par la force des hommes du port. Mais le capitaine Bligh avait préféré des marins volontaires dignes de confiance. Fletcher Christian, quatrième officier, a effectué trois missions au côté de William Bligh. C'est donc son ami que le capitaine Bligh prend comme second en lieu et place de John Fryer, officiellement nommé par l'Amirauté. Cette première décision crée de premières tensions à bord.

Le navire fait donc voile vers l'ouest pour contourner le continent américain et doubler le cap Horn. Mais plusieurs semaines de gros temps obligent le capitaine à changer de cap et contourner la pointe de l'Afrique par le cap de Bonne Espérance. Quand le vent tombe, l'équipage est même forcé de remorquer le navire à la rame. Les conditions de vie à bord sont si dures que les entorses à la discipline se multiplient déclenchant les sanctions brutales du capitaine. Après dix mois de dure traversée, le HSM Bounty jette l'ancre à Tahiti où la population l'accueille chaleureusement. Surtout les Tahitiennes.

Après plusieurs semaines de récolte de plants d'arbres à pain, quitter Tahiti, et les Tahitiennes, est un arrache-coeur pour les marins, parmi lesquels Fletcher Christian. Sitôt en haute mer, le capitaine Bligh réinstaure la discipline rigoureuse de la marine anglaise. Mais c'en est trop pour les marins. Et parmi eux certains se révoltent, soutenus par le second, Fletcher Christian. Le capitaine Bligh et dix-huit marins loyaux sont abandonnés sur une chaloupe en pleine mer. Au prix d'une discipline et d'un rationnement extrêmes, la chaloupe finit par rejoindre l'île de Timor où William Bligh affrète immédiatement une goélette pour Londres où il réclame un châtiment exemplaire pour les mutins.

De leur côté, les 25 mutins se sont débarrassés des plants d'arbres à pain et ont regagné Tahiti. Mais ils savaient que la justice anglaise les pourchasserait. Certains quittent donc Tahiti à bord du HMS Bounty accompagnés de leur vahiné et de quelques Tahitiens pour s'installer le plus loin possible des lieux connus des Anglais. Ils tombent par hasard sur l'île Pitcairn mal signalée sur les cartes et s'y installent. Sitôt débarqués, Fletcher Christian fait brûler le navire. Mais leur bonne fortune tourne au cauchemar à cause des rivalités autour des femmes et de l'alcool distillé dans un alambic de fortune. Les marins massacrent les Tahitiens, puis s'entretuent. Pendant ce temps, à Londres, la mutinerie fait la une des journaux.

En 1808, les Américains découvrent l'île de Pitcairn, et trouvent John Adams, seul mutin survivant, entouré d'une dizaine de Tahitiennes et d'une vingtaine d'enfants. Ce dernier s'éteint en 1820 à l'âge de 65 ans en chef respecté de la petite communauté métisse dont les descendants cultivent encore aujourd'hui le souvenir du Bounty. Les mutins restés à Tahiti, eux, ont été remis à la justice anglaise par le roi Pomaré 1er, et sont passés en cour martiale. Trois d'entre eux sont pendus.

La tragédie du HSM Bounty a tellement ému l'opinion publique que l'Amirauté a dû assouplir la discipline de la marine anglaise. William Bligh, lui, méprisé par l'opinion sera éloigné par une nomination au poste de gouverneur des Nouvelles-Galles du Sud, en Australie.

Au cinéma

Mark Twain publie une nouvelle sur la tragédie du Bounty et les studios d'Hollywood portent la tragédie à l'écran sous le titre Les Mutins du Bounty (1935). La version suivante s'intitule Les mutinés du Bounty, avec Clark Gable. D'autres films suivent avec Marlon Brando, puis Mel Gibson.

L'Histoire vraie des mutins de la Bounty (Yves Kirchner, Découvertes Gallimard, 1988, 128 pages) est plus réaliste.