Le façonnage artisanal du pilon

19/06/2019

Pour piler les épices, écraser les grains et les feuilles, impossible de se passer du pilon, ustensile indispensable ! De la pierre que l'on trouve dans les lits des rivières au pilon tout façonné qui trône en bonne place dans les cuisines des ménagères réunionnaises, il y a toute une série d'étapes.

Ils ne sont plus nombreux, ces artisans qui continuent de travailler la pierre. Le travail est fastidieux et les jeunes ne sont pas emballés à l'idée de devenir tailleurs de pierres. D'autant que le salaire n'est pas mirobolant... Fabriquer un pilon n'est cependant pas à la portée de tout le monde.

Il faut de la technique. Celle héritée de ses parents. De la force aussi. Puisque soulever un bloc de pierre brute n'est pas à la portée de tout le monde. Un pilon est façonné en moins de deux heures. Et les étapes sont minutieuses. Avant d'être en bonne place dans les cuisines réunionnaises, la pierre a été dégrossie à la machine, taillée au ciseau, puis au marteau. Viennent ensuite les finitions, les "oreilles" du pilon, c'est à dire les bords, sont taillés à la main, au ciseau. Les tailleurs le disent : la pierre de la plupart des pilons réunionnais vient du lit de la Rivière-des-Pluies, à Sainte-Marie.

Ce serait la meilleure pierre à travailler. Certains la surnomment "pierre pintade". Cette pierre volcanique caractéristique de par les nombreux cristaux que l'on remarque sur sa surface. Et c'est un tailleur de pierre qui nous l'a confié : "C'est une pierre très solide, idéale pour fabriquer un pilon. Elle se s'écrase pas, ne s'effrite pas et se travaille assez facilement. Un pilon fabriqué avec ce genre de pierre est parti pour durer plusieurs décennies." Un pilon dure toute une vie. C'est le premier ustensile que l'on offre à une femme qui fonde son foyer à La Réunion, avec la marmite à riz.

Julien Banor façonne l'intérieur au marteau
Julien Banor façonne l'intérieur au marteau

Julien Banor
Une vie sous le signe de la passion de la pierre

C'est dans son atelier qu'il a installé chez lui, au quartier de Ravine-Creuse à Saint-André que Julien façonne la pierre depuis des années. Le lieu ne paye pas de mine, mais c'est une caverne d'Ali Baba quand il dévoile ses trésors.

Dans son atelier s'entassent des pierres ramenées du fond de la rivière, ou encore du bois flotté, ramassé en bord de mer, qui attendent de devenir des pièces uniques sorties tout droit de son imagination.

"J'ai commencé à tailler la pierre parce que je ne trouvais pas de travail. Peu à peu, j'ai affiné ma technique. J'ai tout appris en autodidacte ». Julien Banor n'a suivi aucune formation pour devenir tailleur de pierres. Il s'est lancé à l'aveugle dans le métier en 1978. Aujourd'hui, à 65 ans, il n'est pas prêt de prendre sa retraite. Il a encore beaucoup à faire.

"Au départ, je l'ai fait pour avoir un revenu et nourrir ma famille, même si on ne devient pas riche du métier de tailleur de pierres. Mais j'aime surtout donner une forme à la pierre ou au bois que je travaille, les faire vivre." Julien a travaillé seul pendant de nombreuses années, et, petit à petit, il transmet son savoir-faire à son fils qui n'est pas le seul à en profiter.

Le pilon prêt à rejoindre une cuisine réunionnaise
Le pilon prêt à rejoindre une cuisine réunionnaise

En effet, Julien travaille également avec l'Office du Tourisme Est. Il anime régulièrement des ateliers organisés par l'Office de Tourisme. Les enfants viennent y apprendre les secrets de fabrication d'un bon pilon. "Certains peuvent même repartir avec leurs créations en fin de journée."

Julien Banor est reconnu dans son art, les commandes viennent parfois de loin. "J'ai fait un jour un pilon pour une Réunionnaise qui s'était installée en Allemagne." Et son art est également prisé des touristes qui viennent nombreux visiter son atelier.