Le Festival Ciné Banlieue 2021 rend hommage à Darling Légitimus

09/11/2021

Le Festival Ciné Banlieue 2021 rend hommage à Darling Légitimus en baptisant son prix d'interprétation féminine du nom de l'immense actrice martiniquaise qui, après une longue carrière dans le music-hall, au cinéma et au théâtre, nous lègue le souvenir impérissable de M'man Tine dans Rue Case-Nègres, rôle qui consacre sa carrière. Une projection du film est programmée dans le cadre du festival qui se déroule du 10 au 18 novembre.

En son honneur, le festival programme en entrée libre le dimanche 14 novembre à 13h30, au cinéma Commune image, à Saint-Ouen, le documentaire Darling Légitimus, notre grand-mère, notre doudou, réalisé par son petit-fils, le comédien Pascal Légitimus, sorti en 1997, et à 14h30 le succès du box-office à son époque, Rue Cases-Nègres réalisé par Euzhan Palcy, film qui lui vaudra la Coupe Volpi de la meilleure actrice à la 40e Mostra de Venise. Sorti en 1983, cette fresque, située en 1930, raconte le combat d'une grand-mère, M'man Tine, qui se démène pour que son petit-fils José reçoive l'éducation et l'instruction qui lui éviteront la vie misérable des ouvriers agricoles dans les champs de canne à sucre. La réservation des places gratuites se fait en ligne avec une seule commande d'une ou deux places par adresse mail.

Terminant sa vie d'artiste avec ce film qui consacre sa carrière, Darling Légitimus a su saisir toutes les occasions qui lui ont permis de mener de front une carrière admirable tout en s'occupant de ses enfants. Retour sur le parcours d'exception de ce monument du monde cinématographique noir francophone.

Née en 1907 au Carbet, en Martinique, de son vrai nom Marie Berthilde Paruta dite Mathilde, Darling Légitimus est la dernière d'une fratrie de cinq enfants. Orpheline très jeune, elle est élevée au Venezuela par sa tante et son oncle employé à l'ambassade de France à Caracas.

Attirée par une carrière artistique, la jeune Mathilde n'est encore qu'une adolescente quand elle embarque pour la France, à l'insu de son oncle. À Paris, alors qu'elle n'est encore connue que sous le nom de scène de Miss Darling, elle fait la connaissance du journaliste Victor-Étienne Légitimus, fils d'Hégésippe Jean Légitimus, maire de Pointe-à-Pitre et premier député Noir, qu'elle épouse en 1923. Ensemble, ils ont cinq enfants.

En 1925, c'est sous le pseudonyme de Darling Légétimus, qu'elle se lance dans le music-hall, au théâtre de Champs-Élysées, au côté de Joséphine Baker et de Sidney Bechet, dans la Revue nègre. Dans les années 30, elle sert de modèle à l'affichiste Paul Colin, au peintre Pablo Picasso, et au sculpteur Paul Belmondo, et se produit dans les cabarets pour lesquels elle écrit, compose et interprète de nombreuses biguines et mazurkas. Parallèlement, elle tourne pour le cinéma avec des réalisateurs reconnus, notamment avec Sacha Guitry et Christian-Jaque dans Les perles de la couronne, sorti en 1937.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Darling Légitimus refuse de travailler avec l'occupant nazi choisissant de mettre sa carrière sur pause. Elle s'implique au côté de son mari dans l'association La solidarité antillaise qui, depuis sa création en 1899, aide les Antillais de l'Hexagone à s'intégrer et à obtenir de meilleures conditions de vie. Une association qui existe encore à ce jour.

Après-guerre, elle reprend sa carrière de comédienne de théâtre et d'actrice de cinéma. Son nom apparaît au générique du Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot, du Napoléon de Sacha Guitry, du Feu Follet de Louis Malle, du Dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci, de La femme noire de Christian-Jaque, entre autres. Au théâtre, elle joue dans Les Nègres de Jean Genet sous la direction de Roger Blin, dans La tragédie du roi Christophe d'Aimé Césaire et dans Toussaint Louverture d'Édouard Glissant. Darling Légitimus participe à la création de la toute première troupe théâtrale entièrement noire en France, la Compagnie des Griots, dirigée par Robert Liensol, un documentaliste du CNRS originaire de Saint-Barthélémy, et dans laquelle elle est rejointe par son fils Théo.

En 1954, elle obtient un rôle dans une adaptation de la Bible réalisée, pour la télévision, par Jean-Christophe Averty. Mais la diffusion télévisée du film le soir de Noël fait scandale car tous les personnages sacrés sont interprétés par des noirs.

De toute sa longue carrière, Darling Légitimus n'aura eu qu'un seul rôle phare, celui de M'man Tine dans Rue Cases-Nègres, chef d’œuvre intemporel tiré du roman éponyme de Joseph Zobel que la réalisatrice Euzhan Palcy porte à l'écran en 1983. Darling Légitimus a 76 ans quand, cette même année, la Mostra de Venise consacre enfin son immense talent en lui décernant le grand prix d'interprétation féminine pour son interprétation époustouflante d'authenticité de M'man Tine, rôle à la suite duquel l'actrice met fin à une grande carrière. En 1997, Darling Légitimus, ma grand-mère, notre doudou, un documentaire qui raconte sa vie et rend hommage à son talent à travers de nombreux témoignages, lui est consacré par son petit-fils, le comédien Pascal Légitimus.

Devenue la référence des artistes noirs francophones, Darling Légitimus disparaît en 1999, emportant avec elle une part de la mémoire du music-hall et du cinéma français. Ses proches gardent d'elle le souvenir tendre de son franc-parler, de son humour et de son dynamisme.