Le gang des Antillais sur Netflix Le cinéma engagé du réalisateur guadeloupéen Jean-Claude Barny accessible à tous

31/01/2020

L'année 2020 débute de bien belle manière pour Jean-Claude Barny. Le gang des Antillais, son dernier film, sort sur Netflix aujourd'hui. Bonne nouvelle pour celles et ceux qui, l'amour du cinéma chevillé au corps, s'attachent à développer l'industrie cinématographique ultramarine pour donner une tribune à la culture et aux problématiques des Ultramarins. Jean-Claude Barny, c'est un style poignant qui vous scotche à l'écran et un parcours remarquable !

En fait, entre Jean-Claude Barny et Netflix, ce n'est pas une première romance. En effet, son téléfilm Rose et le soldat a été distribué par Netflix pendant toute une année en 2017. Alors que son dernier film, Le gang des Antillais tourne sur le petit écran, tout récemment encore sur la chaîne publique de La Réunion, Jean-Claude Barny nous réserve un nouveau chef d'œuvre pour la fin 2021. Il va porter à l'écran l'emblématique Frantz Fanon. Le réalisateur va s'attacher surtout au médecin-psychiatre de l'époque de la guerre d'indépendance de l'Algérie. "Philosophe maudit" pour la France des années 50-60, c'est depuis l'Algérie que Fanon devient le chantre de la décolonisation, après avoir enduré discrimination et racisme de la part de cette armée française qu'il sert. Sa vie a déjà fait l'objet d'un documentaire à diffusion cinématographique confidentielle. Mais Jean-Claude Barny veut immortaliser Frantz Fanon dans un biopic avec toute sa maestria. Gageons que le style poignant du réalisateur va nous livrer tout l'essence de ce médecin-psychiatre, ardente figure de la pensée post-coloniale.

Dans Le Gang des Antillais, Jean-Claude Barny adapte à l'écran l'autobiographie de Loïc Lery, qui retrace le parcours de quatre jeunes Antillais arrivés dans l'Hexagone par le Bumidon des années 70. Le film est teinté de l'expérience personnelle du réalisateur et de moments de vie de l'histoire de ses parents. Avec le Bumidon, le Gouvernement promet travail et ascension sociale. Au final, c'est la pauvreté, le racisme et les discriminations. Un puissant sentiment d'injustice et une colère vengeresse contre l'État naissent chez les quatre hommes qui basculent progressivement dans le banditisme.

Jimmy avec son pote Jackson (Djibril Pavadé)
Jimmy avec son pote Jackson (Djibril Pavadé)

Un thriller digne du cinéma américain ! Un mix du polar noir et du combat politique, finement réalisé, avec des actrices et acteurs noirs encore insuffisamment représentés sur les écrans français mais qui donnent de l'authenticité aux personnages. En arrière-plan on reconnaît l'histoire de la lutte d'une communauté opprimée pour sa liberté. Un message qui résonne encore aussi fort aujourd'hui que dans les années 70.

Jimmy (Djédjé Apali), en prison, avec son éducateur, Patrick Chamoiseau (Lucien Jean-Baptiste)
Jimmy (Djédjé Apali), en prison, avec son éducateur, Patrick Chamoiseau (Lucien Jean-Baptiste)

Natif de Guadeloupe, Jean-Claude Barny arrive dans l'Hexagone dans les années 70. Très vite en échec scolaire, le petit Jean-Claude de 12 ans passe son adolescence à se passionner pour le cinéma. Films d'auteur, films d'action, fictions, tout y passe : "A 14 ans, je dealais les fiches de Monsieur Cinéma que j'apprenais par cœur. C'est à travers ces fiches que j'ai appris le cinéma hollywoodien" confie-t-il. A 20 ans, ce fan de cinéma américain se lance avec des copains, comme lui, férus de cinéma. Mais se faire une place dans le monde du cinéma en France n'est pas chose aisée. Patience et détermination sont ses armes.

A 24 ans, il débute comme stagiaire d'abord à la régie, puis à la mise scène sur le tournage du polar noir Un héros très discret réalisé par Jacques Audiard. Superbe opportunité pour Jean-Claude Barny d'apprendre le métier. "Mon pote Mathieu [Kassovitz, ndlr] avait le premier rôle dans le film de Jacques [Audiard, ndlr]. J'étais stagiaire assigné à la régie. Je devais nettoyer les tables et apporter le café. Jacques a vu que j'avais vraiment envie. Je regardais tout le temps la caméra. Je regardais comment il travaillait. Jacques a été surpris de cet appétit que j'avais pour la mise en scène. Et il m'a fait quitter la régie pour me faire passer à la mise en scène. Et c'est comme ça que j'ai pu apprendre, en le regardant travailler. Il m'a offert une super belle opportunité" raconte le réalisateur.

Mathieu Kassovitz est le patron du café dans "Le gang des Antillais".
Mathieu Kassovitz est le patron du café dans "Le gang des Antillais".

Jean-Claude Barny assure ensuite la direction du casting du film La haine de Mathieu Kassovitz. Le futur réalisateur s'entoure habilement. L'histoire afro-antillaise chevillée au corps, le jeune Barny se forge sa propre vision d'un cinéma engagé et authentique qui fera son style. Ce style, il l'imposera coûte que coûte, même face au poids des exigences commerciales qui, souvent, altèrent la nature même des œuvres. Même face aux difficultés à trouver des financements, le réalisateur restera fidèle à sa vision intrinsèque du cinéma.

Jean-Claude Barny connaît bien la difficulté à faire financer un film. Il est aussi conscient que c'est encore plus difficile pour un artiste noir d'avoir la possibilité d'exprimer son talent. C'est avec détermination qu'il parviendra à imposer le sien. Mais sa vision ne serait pas complète s'il n'offrait pas aussi des opportunités aux jeunes talents venus des classes sociales modestes. Ce faisant, le réalisateur espère réveiller les consciences. Il est vrai qu'en France très peu de jeunes issus de milieux défavorisés réussissent, car personne ne leur en offre l'oportunité.

Jean-Claude Barny, caméra au poing.
Jean-Claude Barny, caméra au poing.

C'est donc à ceux qui ont réussi d'ouvrir la voie aux futures générations. Alors trois fois par an, le réalisateur s'installe pour trois semaines en Guadeloupe pour former les jeunes de Concept X, un centre de formation aux métiers du multimédia, du digital, du numérique et de l'audiovisuel installé à Basse-Terre et aux Abymes. Souhaitons que ces jeunes ultramarins puissent, en marchant dans les pas de leurs aînés, faire rayonner le cinéma ultramarin. Car il est difficile de s'identifier à une œuvre dans laquelle on ne se reconnaît pas. C'est un vrai problème aujourd'hui. Grâce à des personnalités comme Jean-Claude Barny, toutes les tranches de la société accèderont à des films dans lesquels ils se retrouvent. Des films authentiques. Des films qui leur ressemblent.

Avec à son actif deux longs métrages, une série, un téléfilm, plusieurs courts métrages, Jean Claude Barny a marqué le cinéma français de son empreinte. Son secret ? Un scénario finement exécuté, des dialogues remarquablement ciselés, une image soigneusement étudiée et un casting sensationnel.

Dans Nèg Maron, sorti en 2005, Jean-Claude Barny met en scène Admiral T et Stomy Bugsy dans le rôle de deux jeunes, amis d'enfance, issus d'un milieu familial et social déchiré. Ils vont vivre une escalade de la violence en Guadeloupe qui mettra leur amitié à rude épreuve.

Dans Rose et le Soldat, sorti en 2015, le réalisateur guadeloupéen porte à l'écran les dures conditions de vie en Martinique "an tan Robè", en 1942 sous Vichy, et la dissidence. Racisme, asservissement, exploitation des hommes par l'armée qui à leur démobilisation les prive de leur retraite. Un passé gommé. Un passé absent des livres d'histoire. Mais un passé qui reprend vie à l'écran grâce au talent de grands réalisateurs comme Jean-Claude Barny.

Photos : JCB Films