Le serpent de mer de la Cité des Outremer

14/05/2019

Destinée à promouvoir et valoriser l'histoire, la mémoire, les cultures, les arts, les traditions et coutumes des territoires ultramarins, le chantier de la Cité des Outre-mer, projet vieux de plus de vingt ans, ne verra le jour qu'en 2020.

Le 17 mars 2017, au parc de la Villette, à Paris, le président François Hollande avait célébré symboliquement le lancement de la Cité des Outre-mer à la suite de la transmission au Conseil d'Etat du décret portant création de l'établissement public de la Cité des Outre-Mer.

En novembre 2017, interrogée en séance plénière du Conseil régional par le chef de file du groupe des Radicaux de gauche Eddie Ait quant à l'engagement de la Région sur la réalisation de cette Cité des Outre-mer, promesse des autorités politiques françaises vieille de plus de vingt ans, du président Jacques Chirac au président François Hollande, de la maire de Paris aux deux prédécesseurs de l'actuelle présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse avait affirmé que la région Ile-de-France devait "avoir toute sa place dans les orientations et les décisions" prises pour la future Cité des Outre-mer, regrettant le "manque de concertation" du précédent gouvernement sur le sujet.


La Région Île-de-France ne doit pas se désengager

Soulignant que le financement du chantier n'était pas assuré, Eddie Ait pointait l'inquiétude des parties prenantes. "Les Ultramarins s'interrogent sur la bonne fin d'un projet initié il y a maintenant plus de 20 ans", ajoutait-il. En effet, Dans une tribune publiée par Libération le 8 novembre 2017, le collectif Les Amis de la forêt de la Corniche des Forts, composé de politiques, d'artistes, de membres d'associations ultramarins et d'amis de l'Hexagone, s'indignaient de la disparition du projet de l'actualité du Gouvernement. Ce collectif demandait le respect de la parole de l'État pour une ouverture en 2019 comme prévu, et avertissait le Gouvernement du signal négatif envoyé à la France d'outre-mer qui attend que ses histoires et ses cultures ne soient pas dissociées de celle de l'Hexagone.

Eddie Ait estimait que si beaucoup reconnaissaient que des obstacles restaient encore à lever pour une Cité des Outre-mer aboutie et opérationnelle, la Région Ile-de-France ne devait pas s'en désengager. Valérie Pécresse avait répondu que ce projet ne devait pas être "mené dans la précipitation" et "se situer au-delà de toute considération partisane", regrettant toutefois l'irrespect témoigné à la Région, pourtant partenaire de l'opération, et qui n'avait pas été invitée à l'inauguration symbolique du 17 mars 2017.

Le site d'implantation

Insistant sur "la nécessité pour la Région d'être pleinement impliquée dans la définition du lieu, de ses missions, de son financement", Valérie Pécresse avait regretté que "le précédent gouvernement n'ait pas pris le temps de la concertation".

En effet, les anciens locaux désaffectés du cinéma, le " Cinaxe" , au cœur du parc de la Villette à Paris, face à la Cité des sciences et de l'industrie, avaient été choisi comme lieu d'implantation du futur établissement public industriel et commercial de la cité des Outre-Mer. Au sein de la Loi de Finances 2017 votée par le Parlement en 2016, le ministère des Outre-mer avait même affecté une enveloppe de 10 millions d'euros au développement de la Cité des Outre-Mer.

En revanche, Valérie Pécresse avait soutenu la position de la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, qui avait assuré que la Cité des Outre-mer "existerait" mais que le projet, "pas assez collectif", devait être "repensé". "Il est temps de réunir toutes les parties prenantes pour préciser le calendrier, les modalités ainsi que les garanties de réalisation de ce projet majeur qui doit faire le pont entre l'Hexagone et les Outre-mer", avait-t-elle ajouté.

Un an de retard

Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avait affirmé, le 26 novembre 2017 sur Public Sénat, que la Cité des Outre-Mer " se fera, avec un an de retard". " C'est un engagement que j'ai pris à l'Assemblée nationale" avait-elle précisé. Elle y avait effectivement été interrogée par George Pau-Langevin, députée ultramarine de Paris. " Rénover un bâtiment pour en faire une Cité des Outre-Mer c'est bien. Penser son fonctionnement dans la durabilité c'est mieux. "

Lors de la présentation de ses mesures en réponse à la crise gilets jaunes le 26 avril 2019, le président de la République Emmanuel Macron a très peu fait référence à l'Outremer. Dans l'une de ces références, il a déclaré à propos de la réforme constitutionnelle de 2020 que "ces territoires sont à la pointe de la différenciation, c'est ce que nous commençons à faire dans le cadre constitutionnel actuel, mais pour le réussir, les Assemblées devront nous conduire au terme de cette réforme." La Cité des Outremers verra-t-elle le jour dans le cadre d'une réforme globale ?