"Timoun Aw" fait ses premiers pas dans la cour des grands

16/09/2020

Après sa première mondiale lors de la compétition du Trinidad-and-Tobago International Film festival le 11 septembre dernier, Timoun Aw, le court-métrage primé de Nelson Foix est présenté en avant-première au public guadeloupéen ce 16 septembre 2020 à 20h au Cinéstar des Abymes, en Guadeloupe. Le film fera sa première américaine le mercredi 23 septembre 2020 puisqu'il sera en compétition au Urbanworld Film Festival de New York.

Talentueux auteur-réalisateur guadeloupéen de 33 ans, Nelson Foix imprime son nom dans le paysage cinématographique avec Timoun Aw. C'est un réalisateur accompli qui présente aujourd'hui son film aux Guadeloupéens, entouré de membres de l'équipe de tournage, faisant son entrée dans un "Walk of fame" virtuel. Un film réalisé grâce à la dotation de l'appel à projet lancé conjointement par Canal+ Caraïbes et la Région Guadeloupe remportée en 2018. 

Le pitch de Timoun Aw, un court-métrage de 28 minutes en créole VOSTFR, pose les jalons d'un scénario captivant... Chris, un dealer de crack de Pointe-à-Pitre soucieux d'échapper à ses poursuivants, découvre sur son palier un bébé qui semble lui être destiné. Doutant de sa paternité, il se lance à la recherche de la mère de l'enfant...

Présenté en février 2020 à la 2e édition du concours "Jeunes talents" organisé par France Télévisions en partenariat avec le CNC et l'ANCT, Timoun Aw décroche le prix de la meilleure réalisation. Avec des diffusions prévues chez Canal+, TV5 Monde et France Télévisions, la fiction de Nelson Foix est promise à une belle carrière.

La paternité, sujet fort en outremer

Sloan Descombes et Kataleya Azede
Sloan Descombes et Kataleya Azede
Nelson Foix
Nelson Foix

Timoun Aw s'attaque à un sujet fort en outremer : la paternité. "Aux Antilles, l'image du père absent, du père irresponsable, est très présente. Cette réputation persistante n'est pas qu'un cliché. C'est vrai que beaucoup de mes copains ont grandi sans leur père" convient le jeune réalisateur. Selon lui, "ce n'est pas seulement que les hommes fuient leurs responsabilités." Il estime que la société guadeloupéenne très matriarcale laisse trop peu de place au père dans l'éducation des enfants : "c'est vrai qu'il y a des pères coureurs de jupons. Mais il y a aussi de nombreuses femmes qui veulent seulement un enfant et pas de mari."

D'un autre côté, Nelson Foix croise tous les jours des pères très impliqués : "A Bergevin où je vis, des jeunes avec des allures de "mauvais garçons" promènent au parc leur bébé dans leur poussette." Le réalisateur avoue que c'est de cette réalité de son quotidien que lui vient l'idée du scénario de Timoun Aw : "c'est en les voyant que m'est venue l'image d'un "mauvais garçon" avec un couffin à la main en plein ghetto. Mais le couffin laissait deviner la présence d'un bébé, alors je l'ai remplacé par un cabas pour donner plus de mystère et plus de force à mon image." Le scénario va plus loin en mettant en scène l'angoisse d'un père face à l'éducation d'une fille : "Quand on est père d'un garçon, on sait ce que c'est. On en a été un. Mais une fille, c'est angoissant quand on pense à ce qu'elle sera à l'âge de 15 ans. Alors, je laisse penser que le sexe de l'enfant est une évidence pour Chris afin de pouvoir montrer cette angoisse" confie le cinéaste.

Une distribution presque inconnue

Pour recruter ses acteurs, Nelson Foix organise un casting. Dans la rue, il invite les gens qu'il croise à y participer : "Je leur demandais de venir passer le casting." Mais c'est un pur  hasard qui va mettre son personnage principal sur sa route : "Sloan Descombes ne venait pas pour être auditionné. Il accompagnait sa copine qui, elle, participait au casting. Je lui ai demandé de donner la réplique au personnage féminin" raconte le réalisateur. Le jeu du jeune homme plaît au cinéaste qui trouve en lui son "Chris". "Le naturel de son jeu donne de l'authenticité au personnage de Chris dans le film" confirme Nelson Foix. Seuls deux acteurs professionnels intègrent la distribution : le personnage de Lucie est incarné par Karine Pedurand, et le chef de la police est campé par Philippe Calodat. Le plus connu est le chanteur touche-à-tout Darkman qui fait une apparition dans une scène avec Chris.

Nelson Foix, une future référence

Nelson Foix a grandi entre la Guadeloupe et la banlieue parisienne. Né en 1993 aux Lilas en Seine-Saint-Denis, le petit Nelson passera ses trois premières années à Trois-Rivières, en Guadeloupe. Il repartira vivre à Bondy en Seine-Saint-Denis où il passera son enfance. Plus grand, il retournera en Guadeloupe, puis regagnera Bondy après le baccalauréat. C'est en 2016 qu'il posera définitivement ses valises dans le quartier Bergevin de Pointe-à-Pitre avec femme et enfants.

Des goûts éclectiques

Avec son allure d'athlète, Nelson Foix admet avoir plutôt la carrure d'un sportif professionnel que celle d'un homme de cinéma. Tout jeune, il se destinait d'abord au sport de haut niveau : "J'ai fait de l'athlétisme pendant 18 ans. Et du basket aussi." En plus du sport, le jeune Nelson fait de la batterie et du piano, du rap, du hip hop, du graffiti. Son éclectisme le mènera, à 14 ans, à s'intéresser fortement à l'image. A 20 ans, comprenant qu'il ne pourra pas faire de carrière de sportif de haut niveau, il se résout à devenir coach sportif et préparateur physique. "J'ai arrêté l'athlétisme, mais le sport reste essentiel pour moi. Je pratique le kick-boxing depuis 10 ans." Mais il lui faut de la passion, de l'excellence...

L'étudiant abandonne alors la prépa qu'il venait de commencer pour poser la première pierre de son nouveau projet professionnel en préparant un BTS audiovisuel. Dès la fin de ses études, le cinéaste en herbe s'équipe et se lance dans la réalisation de clips. A 25 ans, il écrit son premier scénario, un long métrage qu'il ne pourra pas réaliser par manque de fonds.

Il tourne alors L'enfant seul, son premier court-métrage autoproduit. Un conte dans lequel un sans-domicile-fixe (SDF) se laisse guider par un enfant. "Mon fils adoptif tient le rôle principal. Le SDF, lui, est un ancien collègue. Pour les autres personnages j'ai fait appel à des membres de ma famille." 

Le jeune cinéaste réalise ensuite une courte fiction de 5,20 minutes intitulée 5 min 20 sec qui met en scène un braquage qui tourne mal. Décrocher un prix et et obtenir la diffusion de son troisième film, Timoun Awprésage d'un avenir radieux pour un talent comme celui de Nelson Foix.

Bientôt du long-métrage

Timoun Aw laisse des interrogations. Que devient la relation entre Chris et l'enfant ? C'est une question que Nelson Foix s'est posée... d'où son idée de développer Timoun Aw en long-métrage. C'est sa prochaine étape. "Le court-métrage n'est pas un format qui me convient. C'est une étape. Pas une fin. L'étape suivante, c'est le long-métrage."  Par la suite, le réalisateur ambitionne de réaliser un long-métrage. Quand on pense qu'il y a un scénario de long-métrage tout prêt dans ses cartons ! "Je travaille tous les jours pour y parvenir" confie le réalisateur à qui Les Ultramarins souhaite un plein succès.

Illustrations : © Nelson Foix